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L’affaire du Carlton de Lille est désormais mondialement connue.
Chaque jour, les touristes étrangers se font photographier devant l’hôtel, qui affiche complet. Au palais de justice de la ville, trois juges poursuivent leurs investigations. Depuis près d’un an, ils enquêtent sur un système de prostitution en bande organisée et d’abus de biens sociaux visant à satisfaire des notables de la région, des policiers, des chefs d'entreprises et… Dominique Strauss-Kahn.
C’est l'apparition du nom de l’ancien directeur du FMI qui a propulsé ce dossier sur la scène internationale.
Pour démêler cet imbroglio judiciaire, qui oscille entre vaudeville et tragédie, France 3 Nord Pas-de-Calais revient sur onze mois de dénonciations, révélations, arrestations, incarcérations, qui font trembler le Tout-Lille. Avec, au coeur de l’affaire, un personnage truculent, « Dodo la Saumure », le « roi » autoproclamé des salons de massages coquins qui fleurissent le long de la frontière franco-belge.
Une enquête de Corinne PEHAU et Sandrine BRICLOT
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La génèse de l'enquête :
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Une enquête au long cours
Octobre 2011, l’affaire dite « du Carlton » provoque un mini-séisme dans la région. De hauts fonctionnaires de police, des clients d’établissements hôteliers, des chefs d’entreprises, des notables du Nord, des francs maçons de la Grande Loge de France et du Grand Orient etc. sont suspectés d’avoir profité d’un réseau de prostitution. Puis le nom de Dominique Strauss Kahn apparaît, dotant l’affaire d’une tout autre dimension. Pourquoi un économiste mondialement reconnu, doté de responsabilités internationales, s’est-il entouré de fonctionnaires ou de petits patrons capables, pour le satisfaire, de frayer avec des proxénètes et des voyous, de rétribuer des prostituées avec l'argent de leurs entreprises ? Comment deux mondes, ceux de « Dodo la Saumure » et de DSK, a priori aux antipodes l’un de l’autre, ont pu se rencontrer, s’acoquiner ?
Sans parti pris ni idées préconçues, Corinne Péhau, chroniqueuse judiciaire à la rédaction de France 3 Lille, et Sandrine Briclot, journaliste spécialiste de faits divers et de justice, ont choisi de dresser un état des lieux de l’affaire en reprenant l’enquête de zéro, en posant les questions qui taraudent tout le monde et en livrant les réponses, autant que faire ce peut puisque l’instruction est en cours.
Une affaire peut en cacher une autre
A la rédaction de France 3 Nord Pas-de-Calais, nous nous sommes intéressés à cette affaire bien avant que le nom de DSK n’y figure. En février 2011, une enquête judiciaire est ouverte sur des clients du Carlton de Lille soupçonnés d’appartenir à un réseau de proxénétisme en bande organisée. A la demande du parquet, des personnes sont alors placées sur écoute. Parmi elles, le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde. Sont mises au jour des relations téléphoniques régulières entre ce dernier et DSK. A l’époque, l’information n’est pas dévoilée aux médias. Puis, en mai, survient, l’arrestation de DSK à New-York. Lorsque les magistrats américains évoquent l’existence, en France, d’une autre affaire d’ordre sexuel dans laquelle il serait impliqué, tout le monde pense à Tristane Banon qui a accusé l’homme politique de tentative de viol. Or, il s’agit de l’affaire du Carlton de Lille qui a déjà bien démarré. En effet, le nom de Dominique Strauss-Kahn est mentionné dans plusieurs listes d’écoutes téléphoniques, notamment celles de Dominique Alderweireld, alias « Dodo la Saumure », propriétaire de bars « montant » en Belgique, et celles de René Kojfer, responsable des relations publiques du Carlton de Lille. DSK devient un personnage central de l’affaire mais personne ne le sait encore.
Prudence et respect des procédures
Ce n’est qu’au mois de novembre que nous décidons de communiquer l’existence du nom de Dominique Strauss-Kahn dans cette affaire. Il ne fallait pas aller plus vite que l’enquête judiciaire, et jeter en pâture un nom sans avoir d’éléments sur son implication autrement que comme simple client. D’ailleurs, aujourd’hui, DSK est mis en cause publiquement et non judiciairement. Les juges ne l’ont toujours pas convoqué, même s’ils l’envisagent. Une prudence qui ne nous a pas empêchées de travailler. Subodorant le caractère hors-norme que prenait cette affaire, nous avons, avec Corinne et Sandrine, engrangé des rushs, des interviews, des éléments, et échafaudé un plan en vue de la fabrication d’un 52 minutes.
Interroger tous les protagonistes
Les principaux acteurs du dossier ont accepté d’être interviewés : « Dodo la Saumure » et son avocat, la défense de Jean-Christophe Lagarde, de David Roquet, l’ex-directeur d’une filiale d’un groupe de BTP aujourd’hui incarcéré, et de Fabrice Paszkowski, responsable d'une société de matériel médical dans le Pas-de-Calais. Dominique Strauss-Kahn est représenté par la voix de son conseil Henri Leclerc mais aussi de son biographe « officiel », Michel Taubmann, qui livre des éléments inédits. Enfin, nous avons recueilli les propos de Me David Koubbi, avocat de Tristane Banon, du Grand maître du Grand Orient de France, la loge franc-maçonne la plus touchée par cette affaire puisque plusieurs frères ont été mis en examen, ainsi que le témoignage de l’une des prostituées.
Complexité du contexte
Le fait que l’instruction de cette affaire à tiroirs soit en cours a bien sûr compliqué le recueil d’informations. On ne peut pas interroger un magistrat comme on le ferait dans « Faîtes entrer l’accusé ». Par ailleurs, la mise en cause de plusieurs notables de la région a été un frein. Certains interlocuteurs ont accepté de participer à notre enquête mais uniquement en off, de peur du qu’en dira-t-on. De son côté, le procureur de Lille a affiché sa singularité en déposant une demande de dépaysement de l’affaire à la Cour de cassation – pour que l’instruction du dossier n’ait pas lieu à Lille -. En vain.
Au plus près de l’actualité
Sur le plan judiciaire, le mois de janvier promet d’être riche en évènements. Plusieurs personnes pourraient être inculpées de proxénétisme ou de complicité. Des mises en cause suivies de très près par les politiques de la région Nord Pas-de-Calais, deuxième fédération socialiste de France… Nous allons donc continuer à tourner tout en assurant le montage. Pour tenter de livrer les toutes dernières informations, la diffusion du film dans « Enquêtes de régions » sera précédée d’un plateau où je recevrai Corinne Péhau et Sandrine Briclot. L’occasion pour elles de raconter comment elles ont travaillé et combien il a été difficile de pénétrer ces mondes si opaques. Elles mettront aussi en lumière des conséquences inattendues de l’affaire, voire surréalistes… comme ces groupes de japonais qui se font photographier devant le Carlton comme devant la Tour Eiffel !
Epiphénomène collatéral qui démontre le rayonnement mondial de ce dossier.
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